mardi 19 juillet 2011

Jonathan Tropper - Le livre de Joe

Nous n'étions qu'en 86, après tout ; on ne nous avait pas encore habitué à ce genre de truc. Pour nous, il en allait de l'homosexualité comme de Dieu : quelque chose dont nous avions entendu parler, mais dont nous ne reconnaissions pas forcément l'existence. On débattait à propos de Michael Jackson et de sa consommation présumée d'hormones féminines, ou encore du rouge à lèvres de Boy George, et on les traitait de pédales, mais au fond, aucun d'entre nous ne pensait qu'ils étaient vraiment gays. Ce n'était que du marketing. Des rumeurs persistantes couraient au sujet d'Andrew McCarthy, mais il roulait des pelles à Ally Sheedy avec tant de conviction dans St. Elmo's Fire qu'il ne pouvait décemment pas être gay. Entre nous, on se balançait du "tarlouze" et du "pédé", pour rigoler, mais sans jamais le prendre au sens littéral. Notre vision des choses était avant tout façonnée par Hollywood, et Hollywood même reniait la réalité. Pour les jeunes provinciaux que nous étions, l'homosexualité n'existait que sur un plan purement conceptuel, comme l'algèbre ou la spirale de l'univers.

Un jeune écrivain new-yorkais trentenaire retourne après dix-sept d'absence dans sa ville natale du Connecticut, suite à un accident vasculaire de son père. Problème, son premier roman, succès d'édition adapté à Hollywood, racontait son adolescence et était une charge à peine déguisée contre les habitants de la ville.

Acheté sur les conseils éclairés de Gorgeous, toujours en quête du Great American Novel. A lire le résumé de ses autres bouquins, le Jonathan semble toujours un peu rabâcher la même histoire, le fils prodigue qui revient contre son gré dans sa famille dysfonctionnelle après une longue absence. Et il écrit dans le secret espoir d'être un jour adapté à Hollywood, et ça se voit un peu trop. C'est propre, un peu lisse, un peu barbant quand l'auteur laisse libre cours aux états d'âme de son héros narrateur, plaisant à lire, et assez émouvant sur la fin. Mais ça n'en fait certainement pas un grand roman, ou un bon auteur.

0 commentaires: